Florence Foresti était la maîtresse de cérémonie des Césars 2020. Mais malgré l’honneur pour elle s’orchestrer et de rythmer un tel événement, c’était aussi un des moments les lus délicats de sa carrière d’humoriste. En effet, la cérémonie de cette année était placée sous le signe de la polémique. Car Roman Polanski présentait son dernier film, J’accuse. Et les militantes féministes ne pouvaient tolérer qu’un homme accusé d’agressions sur mineurs puisse se voir récompensé pour son travail. Car, aussi brillant soit-il en tant que réalisateur, les militantes clamait que l’artiste ne pouvait pas être séparé de l’homme. Tout comme on ne pouvait pas séparer les victimes des femmes agressées.

Florence Foresti est une humoriste incontournable et une personne très professionnelle. En revanche, elle a toujours été partisante du combat des femmes pour l’égalité et pour le respect. C’était donc intolérable pour elle que de voir Roman Polanski nommé dans plusieurs catégories et remporter des prix de surcroît. Elle quittait donc son rôle de maitresse de cérémonie lorsque le nom de Roman Polanski était appelé à recevoir un prix. Son attitude était saluée par les féministes et vivement critiquée d’autre part. Aujourd’hui, elle revient sur les faits et continue de tenir sa position. Florence Foresti ne regrette pas d’avoir fait connaître son mécontentement.

Florence Foresti était la maîtresse de cérémonie d’une édition mouvementée des Césars

Roman Polanski présentait son dernier film mais le réalisateur était également sous le coup de la justice américaine. Le réalisateur est reconnu coupable en 1977 pour avoir eu des rapports non consentis avec une mineure. De lui-même, il avait plaidé coupable et purgé une très courte peine de prison. Il est depuis considéré par Interpol comme étant un fugitif. Car, à la suite de sa condamnation, après avoir purgé une première peine aux États-Unis, il a fui le pays avant d’y être à nouveau condamné dans la même affaire. La justice estimait qu’il avait bénéficié d’un traitement de faveur lors de sa première peine.

Ainsi, de nouveaux procureurs décidèrent de rendre un jugement plus conséquent et en adéquation avec la gravité de ses actes. C’est donc à ce moment qu’il prend la fuite. Ensuite, dans les années 2010, plusieurs autres femmes l’accusent de violences du même ordre qui se seraient produites dans les années 1970. Mais Roman Polanski nie toutes ces accusations, sauf celle de 1977. Et il se refuse toujours de retourner aux États-Unis pour continuer d’échapper à la justice. Florence Foresti connaissait toute cette affaire. Les mouvements Me too et d’autres ont permis de libérer la paroles des victimes.

Le principe n’était pas de dénoncer les agresseurs mais bien de faire en sorte que la honte change de camp. Car la honte ne doit pas être le fardeau des victimes et pour changer la donne, les victimes devaient parler. Ce sont donc d’abord les actrices qui faisaient état des agissements monstrueux qui se tenaient dans le monde du cinéma. Puis c sont toutes les femmes qui ont décidé de parler. Aujourd’hui, ce sont les rappeurs qui sont inquiétés des révélations de leurs victimes.

Une récompense qui ne passe pas

Florence Foresti a toujours été du côté de la parole et du combat pour l’égalité. Les femmes n’ont pas à avoir peur dans l’espace publique. Et encore moins la peur d’avoir des convictions et des principes. Parmi les principes qui sont les siens, figure celui de ne pas applaudir un homme condamné pour avoir agressé des enfants. Et cela même si il s’agit d’un réalisateur de génie dont les œuvres sont admirables.

Certains pourraient penser qu’en tant que maîtresse de cérémonie, Florence Foresti devait aller au bout de son rôle. Qu’elle s’est permise de juger un homme à la place de la loi. Ou encore, que les débats de la société n’avaient pas à entrer dans le cours de la cérémonie. Mais qu’est-ce que le cinéma si ce n’est un reflet de la société ? Que font les acteurs sinon jouer des personnages dans lesquels nous pouvons nous reconnaître ? Et que sont les réalisateurs sinon des conteurs géniaux qui savent jouer avec les frontières du réel et de l’imaginaire ?

Avec de telles considérations, les débats de société sont évidement ce qui importe le plus au cinéma. Alors, Florence Foresti aura été certainement davantage professionnelle que d’autres maîtres de cérémonie auraient pu l’être à sa place.

Florence Foresti choisit de quitter la salle

En désertant le plateau, elle rejoint l’indignation d’Adele Haenel et d’autres célébrités qui ne pouvaient tolérer de voir Roman Polanski recevoir un prix. Et aujourd’hui encore, elle reste solide sur ses positions. Elle ne regrette pas son geste et le referait si elle devait avoir à le refaire, sans hésiter.

Le monde est en train de changer pour tendre à s’homogénéiser. Les polémiques sont étouffées et le monde de l’humour est menotté. Trop de délicatesse hypocrite s’immisce dans tous les domaines de la société. Des titres d’ouvrages cultes viennent même à changer de nom. Plutôt que d’éduquer, d’informer et de débattre, certains préfèrent changer l’histoire et porter des œillères. Mais quelle culture restera-t-il si plus personne n’a le droit d’avoir des convictions différentes ? Ou va se retrouver la liberté d’expression ? Comment pourront nous apprendre du passé si celui-ci est bafoué par honte ?

Florence Foresti, à son niveau, dénonce ce phénomène avilissant. Les erreurs du passé doivent être assumées au grand jour pour éviter qu’elles ne se répètent. Plutôt que de fermer les yeux et de tenter de trouver un consensus souvent rétrograde. Pour l’humoriste, son combat est pour que cesse les violences faites aux femmes. Intègre, elle ne pouvait pas continuer d’animer la cérémonie des Césars alors qu’elle récompensait un homme fuyant la justice de son pays, accusé de violences sur mineurs.