L’Académie des César n’a pas suivi celle des Oscars et n’a pas exclu le réalisateur polémique de ses membres.

L’année 2020 n’a pas été de tout repos pour l’Académie des César, critiquée et pointée du doigt notamment suite aux douze nominations de J’accuse, le dernier film de Roman Polanski. Une tribune avait été dévoilée, signée par de nombreuses personnalités importantes du cinéma français, et mettait en lumière les dysfonctionnements de l’Académie. Suite à ces remous, Alain Terzian, le Président, a remis sa démission, tout comme son conseil d’administration. Margaret Menegoz a alors été placée comme Présidente par intérim avant qu’une série de réformes ne voient le jour afin que la diversité soit plus mise en avant. Plus de transparence au sujet du fonctionnement de l’Académie était également souhaitée, et prévue.

De nouveaux représentants dévoilés

Les annonces faites au sujet de la parité étaient très engageantes. Et elles ont été respectées par l’Académie. En effet, il y aura désormais 81 femmes pour 101 hommes. Une belle évolution pour l’Académie qui était jusqu’alors en (trop) grande partie composée de membres masculins.

Cependant, un nom dans la liste attire logiquement notre attention : celui de Roman Polanski. Et pour cause, si polémique il y a eu, c’est en grande partie à cause de la présence du metteur en scène parmi les nominations. Sa présence allait en totale contradiction avec le soutien qu’avait affiché l’Académie (et le monde du cinéma) envers l’actrice Adèle Haenel, qui avait expliqué avoir été victime d’agressions sexuelles lors de son premier tournage, quand elle était une jeune actrice débutante.

Roman Polanski a déjà été viré de l’Académie des Oscars

Pendant des années, Roman Polanski a pu sortir des films sans être inquiété par la profession ou l’opinion public. Outre les César (il en a rapporté pour J’accuse cette année, mais également pour The Ghost Writer, par exemple), le réalisateur a également été consacré aux Oscars. Son film le plus célèbre sans doute, Le Pianiste, avant fait sensation.

Mais la société change et de moins en moins de personnes souhaitent faire la distinction entre l’homme et l’artiste, surtout quand l’homme est accusé de tels actes. Pour rappel, Roman Polanski a fuit les États-Unis dans les années 70 après avoir drogué et violé une jeune fille de 13 ans. Depuis, il n’a plus remis un pied sur le sol américain où il risque une grosse peine de prison (plus de 50 ans). La France ne pratiquant pas l’extradition de ses citoyens, il vit donc en sécurité, bien qu’il soit recherché par Interpol.

De plus, ces dernières années, d’autres femmes ont accusé le réalisateur d’agression sexuelle. Et en cette période post-MeToo, impossible pour les citoyens de laisser passer un tel comportement. C’est pourquoi la présence du réalisateur aux César avait indigné une bonne partie des français, mais également des étrangers.

Les Oscars de leurs côtés ont entendu la colère des citoyens et le réalisateur a été exclu de l’Académie. De ce fait, il ne sera plus jamais nommé et il n’a plus le droit de voter pour les films chaque année. Une décision qui avait été approuvée et félicitée par les mouvements féministes.

Une cérémonie 2020 mouvementée

Le but de l’Académie était en tout cas, avec ces réformes, de faire oublier la cérémonie de 2020, parasitée par des polémiques. Cependant, difficile de ne pas penser que l’Académie se tire elle-même une balle dans le pied en conservant Roman Polanski parmi ses membres, après l’avoir récompensé plus tôt dans l’année.

Difficile d’imaginer que cette décision passe sans faire de bruit. On espère que la prochaine cérémonie se passera mieux car la précédente a été ternie par tant de scandales qu’on en a presque oublié le nom des gagnants, hormis Roman Polanski – reparti avec deux Césars, dont Meilleure Réalisation.

Florence Foresti, la maîtresse de cérémonie, s’était retrouvée sous le feu d’injustes critiques puisqu’elle avait refusé de conclure le show après le sacre du réalisateur. Ouvertement féministe, elle n’avait pas manqué d’écorché le réalisateur pendant son discours d’ouverture, mais également d’autres personnalités accusées d’agression sexuelle. On imagine que la pilule a dû être dur à avaler pour elle, raison pour laquelle elle a refusé de sortir de sa loge pour conclure les César.